Voilà quelques semaines (mois?) j'ai participé à un concours d'écriture sur le thème, métier de nuit.
J'ai pas gagné...
Mais je me suis bien amusé à l'écrire. Une durée à respecter et que ça parle directement ou pas du thème...
Et voila...
Je dois être un peu malade...
Non, ma première réaction, ça a été, comment je vais me la péter !
Franchement, je me suis dit : « ben, tu vois, les centaines de petites saloperies que t’as faites, finalement ça paye ! »
Alors ouais, y’a quelques souvenirs qui remontent, des conneries, des choix qu’on regrette un peu, mais bon, Nécromancien quand même !!!
Le nom c’est important.
Ben si !
Allez faire le malin en racontant que vous videz la pisse de vos clients.
Par contre vous pourrez impressionnez les cailles en vous la jouant maître d’hôtel, et peu importe que ce soit un boui-boui infâme. Le titre ça fait l’bonhomme.
On imagine, vous voyez…
Alors je m'disais, quand je m’présenterai, je la jouerai modeste, du style : « moi, je ne suis que Nécromancien… » Et là…
Et ben le peu de fois où j’ai été en société, une fois l’annonce faîte, juste après, y’avait les cris, les fuites en se bousculant.
Je restais tout seul, comme un con. Avec souvent en plus, des coups de partout, parce que les pécores comme les noblios, quand ils s’enfuient, ils savent plus qui est qui.
Et comme je suis pas d’un gabarit extraordinaire, je faisais souvent parti de ceux qu’on écrase.
Enfin, cela dit, ça prouve que j’ai raison, Nécromancien ça en jette.
Et pour CLAIREMENT pas arranger les choses, y’a les effets secondaires.
Ben, faut comprendre aussi, à triturer les morts sans arrêt, découper de la viande tellement faisandée que même un vautour ferait le difficile, on chope des trucs.
Alors d’abord ça a été les pustules sur les doigts et le visage. Je sais, ouais, je me suis dit la même chose… Mais on s’y fait… Petit à petit on les voit plus, ou comme des décorations… Molles les décorations…
Et puis y’a les effets magiques… Alors ceux-là, bonjour comme c’est flippant. En quelques années j’ai pris au moins six pouces en taille et j’ai bien perdu trente livres. Au final, ben je ressemble aux autres Nécromanciens, une grande asperge squelettique.
Pas cool !
Ma seconde réaction a été, pourquoi que la nuit ?
Une activité seulement nocturne, ça, heu… Ca m’a un peu cassé l’effet.
C’est plus tard que j’ai compris. Avec le temps et l’expérience, le Nécromancien peut agir en pleine journée, mais pour ça, y faut qu’y soit balèze !
Ben oui, c’était évident, c’est pas pour rien qu’on est redouté par les gens qui ont pas oublié d’être con, quand même.
De toute façon, j’suis insomniaque depuis des années, alors bosser la nuit, y’avait pas de malouf.
Ouais, vous avez remarqué… Je suis un peu du genre râleur.
Rien d’neuf sous la lune... J’ai été à bonne école.
Dans la cour de la bâtisse où j’ai été élevé, j’ai toujours été le chiant, soyons clair.
Dès que y’avait un mauvais coup à faire, je postulais auprès de ma gueule et j’étais toujours choisi. Une symbiose parfaite !
De la confiture de porc qui traînait, hop, vide le pot, c’était ma préférée.
Des animaux à disséquer, vivants, pour apprendre en s’amusant, toujours prêt !
Des pièges pour garder les serviteurs en éveil, plus de turn-over et de gaieté !
C’est certainement pour ça que mes parents ont décidé de mon engagement dans les forces du mal. Oh, je ne leur en veux pas, déjà ils m’ont trouvé une voie où je me suis épanoui… C’est pas si mal…
C’est marrant, ce dont je me souviens le mieux c’est les odeurs. Celles de bouffe qui arrivaient direct des cuisines, celles de terre que ramenaient les métayers en revenant des champs… Et cette putain d’odeur de propre de sire Godefroy De la Tourbe…
A se demander si ce petit con avait pas bouffé puis chié toutes les savonnettes qu’il pouvait trouver.
Toujours à moitié ricanant, comme si tout ce qui me posait problème avait été si facile pour lui… Et puis cette tête de premier de la classe… Ah, je hais les blonds.
Je sais que vous saisissez…
En plus y’a cette horrible image qui me travaillait encore y’a peu…
Moi regardant d’en bas ce futur héros qui exhibait sans arrêt ce sourire blanc immaculé.
De quoi me réveiller la journée.
Mais bon pour que vous compreniez, une fois que Godefroy avait été chargé de trouver le coupable d’une des multiples bêtises que j’avais faites, il me ramenait, ma mère me jetait dans la fosse à purin, et lui restait des heures, au dessus de moi à me fixer, souriant de sa victoire facile.
Ah oui, une précision, ma mère ne me jetait pas là-dedans par désir de justice, non, c’était une bonne personne, juste elle estimait que puisque je devais représenter le mal, et bien, je ne devais pas me faire prendre. D’où la punition…
Et le fait que ce soit les odeurs dont je me souviens le mieux… Si, si, celle-là aussi…
Pour en revenir à moi, mon sujet préféré, ma formation fut assurée par un vieux sorcier.
Plus cruel et injuste que lui, y’a pas.
Pour vous dire que j’étais dans de bonnes mains.
Vous connaissez le dicton, « on ne fait pas une omelette mortelle en cassant de bons œufs »… Compris ?
Alors, je vais pas vous faire le coup du suspense ça comme, y’en a d’entre vous qui sont peut-être passé par là et on commence toujours par apprendre le même sort.
« Trois pincées de peau séchée de lézard, un œil de chien, sec aussi, trois pétales de rose rouge fanées, quelques grammes de prépuce d’Elfe, au prix où ça coûte, on économise, et on termine pour lier tout ça avec quelques gouttes d’huile d’amande douce.
En plus ça permet de garder les mains douces, ça se refuse pas.
Voilà. Quelques lignes à marmonner en tenant la boule dans sa main et là vous avez un sort de dessèchement.
Et c’est du concret. La première fois qu’on l’utilise, c’est… Ah oui, la première fois, en vrai situation, parce que évidemment, y’a les simulations, mais c’est dans le cadre de l’apprentissage, ça compte pas… D’autant plus que c’était sur de jeunes esclaves… Aucun intérêt.
Ma première fois, un super souvenir.
A la demande de mon maître, qui en plus des nombreux défauts qui font son charme, est un grand buveur de bière, je partis, dès la nuit tombée, pour aller au village voisin, Dankre… Si, un petit point au sud de Listeret, oui là… Faut sortir, hein…
Donc, pour aller acheter un fut de sa boisson préférée à la taverne du pendu.
Maîtrisant le terrible sort de dessèchement, je galopais tranquille…
Enfin, j’avançais sur mon âne.
Et sur la route de retour, la chance. Des kobolts.
Ah oui, pour les citadins comme vous, c’est de l’elfique.
Les kobolts, ce sont de petites saloperies qui infestent les sous-bois et qui vivent de larcins, et de quelques massacres sur les plus faibles… Pas bien efficace, mais ça épure.
Et sinon ils partagent avec les taupes deux caractéristiques, la couleur. Du coup ils sont bonbons à viser la nuit sous les arbres.
Et le courage.
Vous n’avez jamais entendu parlé du courage des taupes ? Et ben ça risque pas d’arriver à propos des kobolts.
Alors quand ils se sont approchés, j’en salivais. Vraiment… Mauvaise habitude.
Mais on y voyait comme à travers une pelle, et puis ils étaient bien une trentaine, éparpillés tout autour de moi… Alors le sort en a touché seulement une demi-douzaine.
Franchement ça couine comme une souris qu’on écorche vive pendant que ça se recroqueville, le kobolt.
Mais ça a pas suffit, les autres ont pas vu, où ils avaient une passion pour la binouze, je sais pas, en tout cas, très vite, et malgré la vigueur de mon brave petit âne, ils étaient partout autour du fût.
Pour m’en sortir, j’ai du abandonner l’âne et finir par courir en poussant le tonneau.
Brave bête, le temps qu’ils la dévorent vivante, j’étais loin.
Là j’ai décidé de ne plus jamais me retrouver seul, il me fallait un bras droit.
Quelques semaines plus tard, un cirque-animalier est passé pas loin.
J’ai été me la choisir. Grutta la semi-ork.
Ah ça y est, je vous entends déjà !
« Avec un nom comme ça, et puis sa race, ça doit être une espèce de monstre femelle, musclée comme un ogre, verte, poilue, à moitié idiote ». Tout de suite…
En fait…
Heu… Ouais là vous avez raison, c’est ça, ça correspond, à part qu’elle est pas qu’à moitié idiote… Mais bon, elle a aussi servi à m’assurer une présence féminine à portée. Parce que qu’est-ce que vous croyez ? Je suis un homme… Toujours.
C’est pas parce que je me complais dans l’horreur, le macabre, que la mort est une compagne fidèle…
Même Grutta a sa beauté cachée… Quelque part…
Elle pose pas de question en tout cas, toujours d’accord, même quand elle dort…
Et docile, jamais de coups fourrés.
Et ça, jusqu’à elle j’étais pas habitué.
Parce que j’en ai eu plus que ma part avec Godefroy.
Même le jour où je suis parti de chez mes parents.
Il m’attendait dehors, avec un gourdin.
Putain, le salopiot ! Il m’a mis une raclée en me disant que désormais je serais son nemesis. Sur le moment j’ai cru que ça voulait dire esclave sexuel ou un truc comme ça.
Maintenant je sais, et je pense qu’en fait, vu qu’il a pas arrêté de me gâcher la vie pendant mes premières années, il était le mien bien avant que je sois le mien.
Heu non, avant qu’il soit le sien, heu…
Oh merde. Jamais réussi ces phrases alambiquées !
N’empêche, ça m’a forgé un caractère comme y faut.
Une fois en possession de quelques puissances occultes, j’ai utilisé Grutta pour piéger mon vieux maître. Le temps de le faire avouer où étaient tous ses grimoires et je me suis servi de ce qui restait du vieillard pour invoquer quelques malédictions sur la ville de Listeret.
Oh c’est pas que j’en voulais particulièrement aux gens de là-bas…
Si, en fait si, le baron de la ville avait un nouveau capitaine promis à un grand avenir…
Et oui Godefroy.
Bon, un coup dans l’eau, il était en parade à la capitale, chez vous.
Vous devez vous en rappeler, Listeret a été balayée par une espèce de peste, et le roi, touché par la peine de Godefroy, lui a fait rejoindre l’armée royale.
Pfff, si vous pensez qu’il m’aurait fait un petit mot gentil, de remerciement.
A la tête d’un escadron de chevalier du griffon il m’a pourchassé pendant trois semaines.
Franchement, je peux vous le dire, c’est très surfait. Ha non, non, pas les chevaliers du griffon, ceux-là tuent bien leur mère… Non, la prison, pas si terrible.
La première chose, trouver un elfe et se débrouiller pour en récupérer quelques bouts.
Après pas de problèmes pour se faire respecter.
Deux semaines j’y suis resté et Grutta, qui avait échappé aux poursuivants, me sortait de là.
En même temps que tous les autres prisonniers… Ouais, la finesse ork.
En plein jour d’ailleurs. Ca faisait pas mal d’années que je ne vivais que la nuit.
Ma première réaction ça a été : « Oh, crapeau de l’enfer, on me balance dessus la plus énorme boule de feu jamais créée. »
C’est en voyant que rien ne me tombait dessus que j’ai compris que c’était le soleil.
Et que j’avais atteint le niveau pour affronter la lumière du jour sans que cela ne m’affaiblisse.
J’ETAIS BALEZE !
Les prisonniers sont devenus mon armée, ma force. Ceux qui ont refusé, le repas de mes soldats.
Mais bon, ces fantassins, c’était un plâtre sur une jambe de mort-vivant.
Il me fallait du lourd.
Grutta m’a organisé des réunions de travail avec Trolls, Géants, Orks des montagnes.
Que des gens raisonnables finalement.
On cherche tous la même chose, la destruction, le pillage… Des trucs simples en fait.
Alors, avec une direction collective, on a ravagé la région. Le bon temps quoi…
Des fêtes villageoises durant près de six mois.
Et l’armée de Godefroy a radiné.
Là, il avait pas fait version light, c’était pas des bouseux en arme…
La presque totalité des forces du royaume. Même les paladins noirs…
Quand elle les voyait ceux-là, toute mon armée faisait la queue devant les latrines.
Alors j’ai joué au rusé, de toute façon j’avais pas le choix.
Et puis c’était quand même la première fois depuis mon enfance que j’allais pouvoir me payer Godefroy. Ma mère allait savoir qu’elle avait raison de miser sur moi.
Drapeau blanc, délégation, rencontre sur terrain neutre, la totale.
Et j’ai demandé un jour pour que les miens et les siens fassent toutes leurs prières, les trucs, les bidules sacrés, parce que pas beaucoup allaient en revenir.
Il a accepté, on s’est serré la main.
WHAOU ! J’ai failli tremper ma robe de sorcier. J’avais mis sur mon gant assez de maladies pour anéantir dix fois son armée. Et ça allait agir en une dizaine d’heures.
Je le voyais s’éloigner vers ses hommes, lui le porteur de leur défaite.
Diabolicus Ex Machina… Mon amour…
Et là…
Ben, on a beau raconter ce que l’on veut mais les héros c’est plus ce que c’était.
Le respect de la parole donnée, attends, c’est une base quoi. Et me racontez pas de conneries comme quoi ça dépend de à qui on la donne, cette parole.
Si on peut plus faire confiance aux héros.
Il a lancé la charge immédiatement.
J’avais promis à mon armée…
Gloire, massacre facile, une journée à boire et faire la fête, quelques dizaines de sacrifices, des trucs qui en jetaient quoi…
Et je comptais tenir parole, moi !
On s’est pris une grosse branlée. Du genre qu’on oublie pas. Ni moi, ni mes ex-alliers.
Bon, vous méprenez pas, ce fut plus positif que négatif.
Le soir, les vainqueurs ont commencé à tomber comme des mouches.
Au bout de 24 heures il y avait plus de morts et d’estropiés dans son camp que dans le notre.
Mais bon, comme les miens s’étaient barrés, vélocité maximum…
Quand on est dans une cage, à vingt pieds du sol, on rameute pas ses troupes.
D’un autre côté, une journée où la maladie défigure son ennemi intime n’est pas une mauvaise journée.
Il s’est traîné sous ma cage, et je peux vous dire que j’ai oublié que j’étais son prisonnier.
Je le regardais d’en haut, avec mon sourire puissance maximum, celui des victoires faciles.
Effacer les humiliations de son enfance, j’étais plus que balèze, j’étais un géant.
Voilà, vous connaissez le reste. Avec une poignée de soldat, tous moches à faire peur, ils m’ont ramené, avec Grutta et quelques autres prisonniers, dans votre capitale.
Ce fut la victoire la plus amère de tous les temps. Chaque larme que vous versiez était du petit lait à mes oreilles, chaque cri d’un parent plongé dans la douleur, un chant sublime.
J’ai compris à ce moment que j’étais un vrai méchant.
Merci pour l’idée brillante de nous balancer dans vos geôles HUMIDES.
Ca vous est pas venu à l’esprit une seconde, depuis les décennies où tous les sorciers se font la malle de là, qu’il fallait pas continuer ? Hein ?
Je vous donne le truc, comme vous serez morts dans très peu de temps…
Les champignons.
C’est dans notre destiné de passer par la case prison, alors y’a longtemps qu’on a en réserve quelques sorts basés sur les champignons qui poussent sur leurs murs.
Après, le deuil était tellement énorme que personne n’a prêté attention à notre fuite jusqu’à ce qu’il soit trop tard.
Ah une fois qu’on tient la famille royale, c’est fini. FINITO !
Si vous réalisiez pas la puissance magique d’une personne aimée par des milliers d’autres, vous le savez maintenant.
Ben oui, les deux démons qui ont ravagé la ville… Invoqué grâce aux sangs de votre roi et de votre reine.
Pas besoin de tortiller du cul, je suis pour l‘égalité des sexes moi.
Alors je vous ai fait prisonnier, mais attention si je vous explique tout ça, c’est pas par gentillesse, je vais vous crever, tous, femmes, enfants, tous. Y’aurait des chatons que ce serait pareil… Non c’est quand j’ai appris que Godefroy et une petite troupe étaient repartis sur le champ de bataille pour enterrer leurs frères d’arme.
J’en aurais hurlé.
Au moment où je gagnais, enfin. Il s’en sortait. Pfff !
Je vous parle pour compenser en fait. On a beau être un enfoiré, on reste sensible.
Mère sera fière de moi. Et père en sera pour ses frais. IL L’AURA DANS L’OS !
Il avait qu’à pas miser sur le bien avec Godefroy. Evidemment, le frère aîné, il est beau, obéissant, alors il sera héros. Et peu importe la gueule du second, ce sera le vilain.
N’empêche il a gagné le petit !!!
AH AH !!
Alors, comme il va pas tarder à revenir, frérot, je vais en finir avec vous, la bonne populasse de cette belle ville… En ruine.
Et parce que je reste un grand enfant, je vous laisse un choix, le dernier pour vos pommes...
Est-ce que vous préférez que je vous incorpore dans mon armée, en tant que mort-vivant, bien sûr, ou je vous laisse à la merci de mes démons, pour impressionner Godefroy quand il va revenir ?
Ah, va falloir vous décider ; est-ce que vous souhaitez lier votre non-vie à la mienne, ou bien vous préférez être comme mon frère… Lui et vous face à moi, et choisir sa destiné face à la vôtre… Non, je veux dire, vous choisissez son côté, et lui, non, moi je…
Ah putain ces tournures à la con !
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