Mercredi 7 décembre 2011 3 07 /12 /Déc /2011 11:11

Voilà quelques semaines (mois?) j'ai participé à un concours d'écriture sur le thème, métier de nuit.

J'ai pas gagné...

Mais je me suis bien amusé à l'écrire. Une durée à respecter et que ça parle directement ou pas du thème...

Et voila...

Je dois être un peu malade...

 

 

 

Non, ma première réaction, ça a été, comment je vais me la péter !

Franchement, je me suis dit : « ben, tu vois, les centaines de petites saloperies que t’as faites, finalement ça paye ! »

Alors ouais, y’a quelques souvenirs qui remontent, des conneries, des choix qu’on regrette un peu, mais bon, Nécromancien quand même !!!

Le nom c’est important.

Ben si !

Allez faire le malin en racontant que vous videz la pisse de vos clients.

Par contre vous pourrez impressionnez les cailles en vous la jouant maître d’hôtel, et peu importe que ce soit un boui-boui infâme. Le titre ça fait l’bonhomme.

On imagine, vous voyez…

Alors je m'disais, quand je m’présenterai, je la jouerai modeste, du style : « moi, je ne suis que Nécromancien… » Et là…

Et ben le peu de fois où j’ai été en société, une fois l’annonce faîte, juste après, y’avait les cris, les fuites en se bousculant.
Je restais tout seul, comme un con. Avec souvent en plus, des coups de partout, parce que les pécores comme les noblios, quand ils s’enfuient, ils savent plus qui est qui.

Et comme je suis pas d’un gabarit extraordinaire, je faisais souvent parti de ceux qu’on écrase.

Enfin, cela dit, ça prouve que j’ai raison, Nécromancien ça en jette.

 

Et pour CLAIREMENT pas arranger les choses, y’a les effets secondaires.

Ben, faut comprendre aussi, à triturer les morts sans arrêt, découper de la viande tellement faisandée que même un vautour ferait le difficile, on chope des trucs.

Alors d’abord ça a été les pustules sur les doigts et le visage. Je sais, ouais, je me suis dit la même chose… Mais on s’y fait… Petit à petit on les voit plus, ou comme des décorations… Molles les décorations…

Et puis y’a les effets magiques… Alors ceux-là, bonjour comme c’est flippant. En quelques années j’ai pris au moins six pouces en taille et j’ai bien perdu trente livres. Au final, ben je ressemble aux autres Nécromanciens, une grande asperge squelettique.

Pas cool !

 

Ma seconde réaction a été, pourquoi que la nuit ?

Une activité seulement nocturne, ça, heu… Ca m’a un peu cassé l’effet.

C’est plus tard que j’ai compris. Avec le temps et l’expérience, le Nécromancien peut agir en pleine journée, mais pour ça, y faut qu’y soit balèze !

Ben oui, c’était évident, c’est pas pour rien qu’on est redouté par les gens qui ont pas oublié d’être con, quand même.

De toute façon, j’suis insomniaque depuis des années, alors bosser la nuit, y’avait pas de malouf.

Ouais, vous avez remarqué… Je suis un peu du genre râleur.

Rien d’neuf sous la lune... J’ai été à bonne école.

 

Dans la cour de la bâtisse où j’ai été élevé, j’ai toujours été le chiant, soyons clair.

Dès que y’avait un mauvais coup à faire, je postulais auprès de ma gueule et j’étais toujours choisi. Une symbiose parfaite !

 

De la confiture de porc qui traînait, hop, vide le pot, c’était ma préférée.

Des animaux à disséquer, vivants, pour apprendre en s’amusant, toujours prêt !

Des pièges pour garder les serviteurs en éveil, plus de turn-over et de gaieté !

 

C’est certainement pour ça que mes parents ont décidé de mon engagement dans les forces du mal. Oh, je ne leur en veux pas, déjà ils m’ont trouvé une voie où je me suis épanoui… C’est pas si mal…

C’est marrant, ce dont je me souviens le mieux c’est les odeurs. Celles de bouffe qui arrivaient direct des cuisines, celles de terre que ramenaient les métayers en revenant des champs… Et cette putain d’odeur de propre de sire Godefroy De la Tourbe…

A se demander si ce petit con avait pas bouffé puis chié toutes les savonnettes qu’il pouvait trouver.

Toujours à moitié ricanant, comme si tout ce qui me posait problème avait été si facile pour lui… Et puis cette tête de premier de la classe… Ah, je hais les blonds.

 

Je sais que vous saisissez…

 

En plus y’a cette horrible image qui me travaillait encore y’a peu…

Moi regardant d’en bas ce futur héros qui exhibait sans arrêt ce sourire blanc immaculé.

De quoi me réveiller la journée.

Mais bon pour que vous compreniez, une fois que Godefroy avait été chargé de trouver le coupable d’une des multiples bêtises que j’avais faites, il me ramenait, ma mère me jetait dans la fosse à purin, et lui restait des heures, au dessus de moi à me fixer, souriant de sa victoire facile.

Ah oui, une précision, ma mère ne me jetait pas là-dedans par désir de justice, non, c’était une bonne personne, juste elle estimait que puisque je devais représenter le mal, et bien, je ne devais pas me faire prendre. D’où la punition…

 

Et le fait que ce soit les odeurs dont je me souviens le mieux… Si, si, celle-là aussi…

 

Pour en revenir à moi, mon sujet préféré, ma formation fut assurée par un vieux sorcier.

Plus cruel et injuste que lui, y’a pas.

Pour vous dire que j’étais dans de bonnes mains.

Vous connaissez le dicton, « on ne fait pas une omelette mortelle en cassant de bons œufs »… Compris ?

 

Alors, je vais pas vous faire le coup du suspense ça comme, y’en a d’entre vous qui sont peut-être passé par là et on commence toujours par apprendre le même sort.

« Trois pincées de peau séchée de lézard, un œil de chien, sec aussi, trois pétales de rose rouge fanées, quelques grammes de prépuce d’Elfe, au prix où ça coûte, on économise, et on termine pour lier tout ça avec quelques gouttes d’huile d’amande douce.

En plus ça permet de garder les mains douces, ça se refuse pas.

Voilà. Quelques lignes à marmonner en tenant la boule dans sa main et là vous avez un sort de dessèchement.

Et c’est du concret. La première fois qu’on l’utilise, c’est… Ah oui, la première fois, en vrai situation, parce que évidemment, y’a les simulations, mais c’est dans le cadre de l’apprentissage, ça compte pas… D’autant plus que c’était sur de jeunes esclaves… Aucun intérêt.

 

Ma première fois, un super souvenir.

A la demande de mon maître, qui en plus des nombreux défauts qui font son charme, est un grand buveur de bière, je partis, dès la nuit tombée, pour aller au village voisin, Dankre… Si, un petit point au sud de Listeret, oui là… Faut sortir, hein…

Donc, pour aller acheter un fut de sa boisson préférée à la taverne du pendu.

Maîtrisant le terrible sort  de dessèchement, je galopais tranquille…

Enfin, j’avançais sur mon âne.

Et sur la route de retour, la chance. Des kobolts.

Ah oui, pour les citadins comme vous, c’est de l’elfique.

Les kobolts, ce sont de petites saloperies qui infestent les sous-bois et qui vivent de larcins, et de quelques massacres sur les plus faibles… Pas bien efficace, mais ça épure.

Et sinon ils partagent avec les taupes deux caractéristiques, la couleur. Du coup ils sont bonbons à viser la nuit sous les arbres.

Et le courage.

Vous n’avez jamais entendu parlé du courage des taupes ? Et ben ça risque pas d’arriver à propos des kobolts.

Alors quand ils se sont approchés, j’en salivais. Vraiment… Mauvaise habitude.

Mais on y voyait comme à travers une pelle, et puis ils étaient bien une trentaine, éparpillés tout autour de moi… Alors le sort en a touché seulement une demi-douzaine.

Franchement ça couine comme une souris qu’on écorche vive pendant que ça se recroqueville, le kobolt.

Mais ça a pas suffit, les autres ont pas vu, où ils avaient une passion pour la binouze, je sais pas, en tout cas, très vite, et malgré la vigueur de mon brave petit âne, ils étaient partout autour du fût.

Pour m’en sortir, j’ai du abandonner l’âne et finir par courir en poussant le tonneau.

Brave bête, le temps qu’ils la dévorent vivante, j’étais loin.

 

Là j’ai décidé de ne plus jamais me retrouver seul, il me fallait un bras droit.

Quelques semaines plus tard, un cirque-animalier est passé pas loin.

J’ai été me la choisir. Grutta la semi-ork.

 

Ah ça y est, je vous entends déjà !

« Avec un nom comme ça, et puis sa race, ça doit être une espèce de monstre femelle, musclée comme un ogre, verte, poilue, à moitié idiote ». Tout de suite…

En fait…

Heu… Ouais là vous avez raison, c’est ça, ça correspond, à part qu’elle est pas qu’à moitié idiote… Mais bon, elle a aussi servi à m’assurer une présence féminine à portée. Parce que qu’est-ce que vous croyez ? Je suis un homme… Toujours.

C’est pas parce que je me complais dans l’horreur, le macabre, que la mort est une compagne fidèle…

Même Grutta a sa beauté cachée… Quelque part…

Elle pose pas de question en tout cas, toujours d’accord, même quand elle dort…

Et docile, jamais de coups fourrés.

 

Et ça, jusqu’à elle j’étais pas habitué.

Parce que j’en ai eu plus que ma part avec Godefroy.

Même le jour où je suis parti de chez mes parents.

Il m’attendait dehors, avec un gourdin.

Putain, le salopiot ! Il m’a mis une raclée en me disant que désormais je serais son nemesis. Sur le moment j’ai cru que ça voulait dire esclave sexuel ou un truc comme ça.

Maintenant je sais, et je pense qu’en fait, vu qu’il a pas arrêté de me gâcher la vie pendant mes premières années, il était le mien bien avant que je sois le mien.

Heu non, avant qu’il soit le sien, heu…

Oh merde. Jamais réussi ces phrases alambiquées !

 

N’empêche, ça m’a forgé un caractère comme y faut.

Une fois en possession de quelques puissances occultes, j’ai utilisé Grutta pour piéger mon vieux maître. Le temps de le faire avouer où étaient tous ses grimoires et je me suis servi de ce qui restait du vieillard pour invoquer quelques malédictions sur la ville de Listeret.

Oh c’est pas que j’en voulais particulièrement aux gens de là-bas…

Si, en fait si, le baron de la ville avait un nouveau capitaine promis à un grand avenir…

Et oui Godefroy.

Bon, un coup dans l’eau, il était en parade à la capitale, chez vous.

Vous devez vous en rappeler, Listeret a été balayée par une espèce de peste, et le roi, touché par la peine de Godefroy, lui a fait rejoindre l’armée royale.

 

Pfff, si vous pensez qu’il m’aurait fait un petit mot gentil, de remerciement.

A la tête d’un escadron de chevalier du griffon il m’a pourchassé pendant trois semaines.

 

Franchement, je peux vous le dire, c’est très surfait. Ha non, non, pas les chevaliers du griffon, ceux-là tuent bien leur mère… Non, la prison, pas si terrible.

La première chose, trouver un elfe et se débrouiller pour en récupérer quelques bouts.

Après pas de problèmes pour se faire respecter.

Deux semaines j’y suis resté et Grutta, qui avait échappé aux poursuivants, me sortait de là.

En même temps que tous les autres prisonniers… Ouais, la finesse ork.

 

En plein jour d’ailleurs. Ca faisait pas mal d’années que je ne vivais que la nuit.

Ma première réaction ça a été : « Oh, crapeau de l’enfer, on me balance dessus la plus énorme boule de feu jamais créée. »

C’est en voyant que rien ne me tombait dessus que j’ai compris que c’était le soleil.

 

Et que j’avais atteint le niveau pour affronter la lumière du jour sans que cela ne m’affaiblisse.

J’ETAIS BALEZE !

 

Les prisonniers sont devenus mon armée, ma force. Ceux qui ont refusé, le repas de mes soldats.

Mais bon, ces fantassins, c’était un plâtre sur une jambe de mort-vivant.

Il me fallait du lourd.

Grutta m’a organisé des réunions de travail avec Trolls, Géants, Orks des montagnes.

 

Que des gens raisonnables finalement.

On cherche tous la même chose, la destruction, le pillage… Des trucs simples en fait.

Alors, avec une direction collective, on a ravagé la région. Le bon temps quoi…

Des fêtes villageoises durant près de six mois.

Et l’armée de Godefroy a radiné.

 

Là, il avait pas fait version light, c’était pas des bouseux en arme…

La presque totalité des forces du royaume.  Même les paladins noirs…

Quand elle les voyait ceux-là, toute mon armée faisait la queue devant les latrines.

 

Alors j’ai joué au rusé, de toute façon j’avais pas le choix.

Et puis c’était quand même la première fois depuis mon enfance que j’allais pouvoir me payer Godefroy. Ma mère allait savoir qu’elle avait raison de miser sur moi.

 

Drapeau blanc, délégation, rencontre sur terrain neutre, la totale.

Et j’ai demandé un jour pour que les miens et les siens fassent toutes leurs prières, les trucs, les bidules sacrés, parce que pas beaucoup allaient en revenir.

Il a accepté, on s’est serré la main.

 

WHAOU ! J’ai failli tremper ma robe de sorcier. J’avais mis sur mon  gant assez de maladies pour anéantir dix fois son armée. Et ça allait agir en une dizaine d’heures.

Je le voyais s’éloigner vers ses hommes, lui le porteur de leur défaite.

Diabolicus Ex Machina… Mon amour…

 

Et là…

 

Ben, on a beau raconter ce que l’on veut mais les héros c’est plus ce que c’était.

Le respect de la parole donnée, attends, c’est une base quoi. Et me racontez pas de conneries comme quoi ça dépend de à qui on la donne, cette parole.

Si on peut plus faire confiance aux héros.

 

Il a lancé la charge immédiatement.

J’avais promis à mon armée…

Gloire, massacre facile, une journée à boire et faire la fête, quelques dizaines de sacrifices, des trucs qui en jetaient quoi…

Et je comptais tenir parole, moi !

 

On s’est pris une grosse branlée. Du genre qu’on oublie pas. Ni moi, ni mes ex-alliers.

Bon, vous méprenez pas, ce fut plus positif que négatif.

Le soir, les vainqueurs ont commencé à tomber comme des mouches.

Au bout de 24 heures il y avait plus de morts et d’estropiés dans son camp que dans le notre.

Mais bon, comme les miens s’étaient barrés, vélocité maximum…

Quand on est dans une cage, à vingt pieds du sol, on rameute pas ses troupes.

D’un autre côté, une journée où la maladie défigure son ennemi intime n’est pas une mauvaise journée.

Il s’est traîné sous ma cage, et je peux vous dire que j’ai oublié que j’étais son prisonnier.

Je le regardais d’en haut, avec mon sourire puissance maximum, celui des victoires faciles.

Effacer les humiliations de son enfance, j’étais plus que balèze, j’étais un géant.

 

Voilà, vous connaissez le reste. Avec une poignée de soldat, tous moches à faire peur, ils m’ont ramené, avec Grutta et quelques autres prisonniers, dans votre capitale.

 

Ce fut la victoire la plus amère de tous les temps. Chaque larme que vous versiez était du petit lait à mes oreilles, chaque cri d’un parent plongé dans la douleur, un chant sublime.

J’ai compris à ce moment que j’étais un vrai méchant.

 

Merci pour l’idée brillante de nous balancer dans vos geôles HUMIDES.

Ca vous est pas venu à l’esprit une seconde, depuis les décennies où tous les sorciers se font la malle de là, qu’il fallait pas continuer ? Hein ?

Je vous donne le truc, comme vous serez morts dans très peu de temps…

Les champignons.

C’est dans notre destiné de passer par la case prison, alors y’a longtemps qu’on a en réserve quelques sorts basés sur les champignons qui poussent sur leurs murs.

Après, le deuil était tellement énorme que personne n’a prêté attention à notre fuite jusqu’à ce qu’il soit trop tard.

 

Ah une fois qu’on tient la famille royale, c’est fini. FINITO !

Si vous réalisiez pas la puissance magique d’une personne aimée par des milliers d’autres, vous le savez maintenant.

Ben oui, les deux démons qui ont ravagé la ville… Invoqué grâce aux sangs de votre roi et de votre reine.

Pas besoin de tortiller du cul, je suis pour l‘égalité des sexes moi.

 

Alors je vous ai fait prisonnier, mais attention si je vous explique tout ça, c’est pas par gentillesse, je vais vous crever, tous, femmes, enfants, tous. Y’aurait des chatons que ce serait pareil…  Non c’est quand j’ai appris que Godefroy et une petite troupe étaient repartis sur le champ de bataille pour enterrer leurs frères d’arme.

J’en aurais hurlé.

Au moment où je gagnais, enfin. Il s’en sortait. Pfff !

Je vous parle pour compenser en fait. On a beau être un enfoiré, on reste sensible.

 

Mère sera fière de moi. Et père en sera pour ses frais. IL L’AURA DANS L’OS !

Il avait qu’à pas miser sur le bien avec Godefroy. Evidemment, le frère aîné, il est beau, obéissant, alors il sera héros. Et peu importe la gueule du second, ce sera le vilain.

N’empêche il a gagné le petit !!!

AH AH !!

Alors, comme il va pas tarder à revenir, frérot, je vais en finir avec vous, la bonne populasse de cette belle ville… En ruine.

Et parce que je reste un grand enfant, je vous laisse un choix, le dernier pour vos pommes...

Est-ce que vous préférez que je vous incorpore dans mon armée, en tant que mort-vivant, bien sûr, ou je vous laisse à la merci de mes démons, pour impressionner Godefroy quand il va revenir ?

 

Ah, va falloir vous décider ; est-ce que vous souhaitez lier votre non-vie à la mienne, ou bien vous préférez être comme mon frère… Lui et vous face à moi, et choisir sa destiné face à la vôtre… Non, je veux dire, vous choisissez son côté, et lui, non, moi je…

 

Ah putain ces tournures à la con !

 

 

Par unscenaristesurlecaillou.over-blog.com - Publié dans : Dramaturgie
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Mardi 15 novembre 2011 2 15 /11 /Nov /2011 11:09

Bien sûr, comme l’écriture de scénario est destinée à un média combinant image et son, (l’image ayant une prédominance claire due au fonctionnement de notre cerveau) les personnages vont avant tout se définir par ce qu’ils font et disent.

 

Inconsciemment nous savons que le son est un véhicule d’information sujet à caution, on peut en dire des conneries, des mensonges…

Mais l’image… Ce que vous voyez est vrai, ou alors vous avez des visions, vous êtes peut-être schizophrène, faudrait vous soigner !

 

Donc, j’y arrive, l’ensemble des actions que vont faire les personnages est ce qu’ils sont.

Bien sûr on peut montrer et tromper volontairement le public (Usual Suspect et Le Prestige en sont des exemples éclatants) mais on ne peut pas le faire (plus de mille fois pour ceux qui s’appelle Emile) tout le temps.

Et il faut le faire en respectant les règles de votre histoire.

 

gens.jpg

Il est très important de réaliser, quand on écrit, que vos situations et vos mots vont appartenir au réalisateur et aux acteurs qui devraient transformer pas mal de dialogues en jeux d’acteur et de situations complexes en actions simples.

On a, le plus souvent, tendance à expliquer un peu trop, parce que le scénario est imagé sans l’être.

 

Ce que font vos personnages, ça veut dire ce qu’ils font seuls, ce qu’ils font entre eux et ce qu’ils ne font pas qui est tout aussi parlant.

Dans Docteur House, le fait qu’il boite, qu’il souffre plus ou moins en silence, qu’il ne veuille pas rencontrer ses patients, tout cela veut dire quelque chose et nous donne des pistes pour comprendre et nous attacher au personnage qui, au premier abord, n’est pas aimable.

Car le but n’est pas de faire faire à votre héros des choses pour qu’on l’aime, mais bien pour qu’il nous intéresse, qu’il nous étonne.

Nous devons, le plus finement possible, accrocher le public et le tenir au bout de notre plume (au bout de nos touches de clavier, ça le fait moins) durant le temps de notre histoire.

Pour cela nous allons lui donner à faire des choses inattendues qui vont perturber la compréhension de nos spectateurs et les obliger à rester attentif.

 

C’est pas génial dans une histoire quand on est vraiment surpris, quand on se dit « oh, putain, ils vont pas oser ? » Ben si !

Là, ils sont ferrés et vous avez quelques pages pour faire avancer l’histoire ou la caractérisation des personnages, tranquillement.

 

Car les protagonistes ne sont pas les seuls éléments de votre trame dramaturgique.

L’intrigue doit avancer sans cesse et sans que cela ne se voit.

Pour les personnages c’est beaucoup plus dur, mais pas impossible.

A certain moment, un des principaux va, face à une situation particulière, devoir remettre en question une partie de ce qu’il est. Une conviction, une croyance, un défaut, une qualité…

Et il va, volontairement ou non, évoluer, changer, en bien ou en mal.

Et là aussi, cela va se voir par ce qu’il va faire et que le spectateur n’aurait pas cru qu’il ferait au début de l’histoire.

 

A noter qu’avec l’overdose de création visuelle qui nous enveloppe, quasiment en permanence, étonner, manipuler les spectateurs est un luxe de plus en plus rare.

 

Donc, à proscrire, les personnages qui font tout et n’importe quoi. Mais, à garder, les personnages complexes qui peuvent, par leurs actions,  surprendre et interroger les spectateurs.

Et enfin, un personnage n’est pas un personnage réaliste, ce n’en est que le fantôme créé pour servir une histoire. Aucun écrit ne pourra se révéler aussi complexe que dans la réalité, même pas la peine d’essayer.

Par unscenaristesurlecaillou.over-blog.com - Publié dans : Dramaturgie
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Mardi 15 novembre 2011 2 15 /11 /Nov /2011 10:59

Une radio Calédonienne m'a interviewé pour une petite présentation du métier de scénariste...

Bon écoute...

 

link

Par unscenaristesurlecaillou.over-blog.com - Publié dans : Témoignage
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Jeudi 29 septembre 2011 4 29 /09 /Sep /2011 02:02

BOB2

Tout commença (y-a-t-il un véritable début à ces choses là ? Donc je définirai le mien là !) avec l’idée un peu folle d’écrire une fiction moderne pour la télévision algérienne, il y a plus de 7 ans de cela.

Un peu folle parce que travailler avec les autorités télévisuelles d’Alger tenait de l’expérience définie par Ford Fairlaine, dans le film du même nom : « Parler avec eux revenait à se masturber avec une râpe à fromage….  Beaucoup de douleurs pour très peu de résultat ! ».

Et finalement, rien de tout ce que l’on craignait.

 

Au début on réunit deux auteurs qui n’ont pas grand-chose en commun, Nadjib Laraba et moi-même.

L’un algérien, garant du côté « de l’autre bord de la Méditerranée » du projet et moi avec mes références pourries plein la tête (et heureusement une assez bonne connaissance du monde de la série TV moderne, balbutiant en ces années début 2000).

Nadjib, poète, auteur d’un scénario à couper le souffle sur la jeunesse algérienne condamnée à l’immobilisme où à la fuite, était un peu paumé face aux idées calquées de grandes séries comiques comme « Friends, Father Ted, Dream on… ».

Au final, il reste peu de son travail… Deux prénoms de personnages (dont un incroyable « Gazelle » qui marche très bien).

 

Alors je me suis retrouvé à travailler seul. Synopsis des 40 épisodes, arcs conflictuels entre les personnages, interactions…

Et heureusement, après un casting, où les premiers ont été les premiers servis, je vais y revenir, en arrivant au port nous étions trois scénaristes, bien décidés à casser la baraque.

 

Alors à propos du casting, voilà comment ça s’est passé :

Personne pour s’y coller, si ce n’est moi et une petite aide de l’assistante de production, Muriel. D’abord on passe des annonces avec l’aide de l’ANPE locale et nationale.

Je reçois 8 réponses. Et c’est là que ça se joue.

Car le temps de lire ce qu’ils m’avaient envoyé, j’étais dans l’urgence.

Et les 70 autres réponses qui ont suivi, n’ont pas pu être lu…

J’ai répondu à tout le monde en leur promettant de tout lire, mais après que la série serait faite.

Ca a plu, ça n’a pas plu…

Et je crois bien que j’en ai oublié un ou deux… Encore désolé.

Mais j’ai joint presque tous ceux qui m’avaient envoyé des trucs à lire, parfois un an après. Souvent à leur grande surprise.

Lire le travail des autres, dans cette quantité, a été expérience très enrichissante.

J’ai acquis, depuis ce jour, l’assurance que si les séries françaises ont été aussi longtemps pauvres et peu créatives, ce n’est pas la faute des scénaristes et de leur imaginaire.

Il y avait parmi ce qui m’a été envoyé des projets hallucinants qui n’ont jamais vu le jour…

BOB1

Pour revenir à Bin’o Bine, nous avons attaqué l’écriture à six mains :

DELOS Valérie, un petit bout de femme 100% bonne humeur, une créativité débridée qui a amené les personnages là où personne d’autre n’aurait pu les amener.

Elle sortait de plusieurs années d’écriture de « Un gars une fille » et son sens du rythme comique est encore un mystère pour moi.

Elle est de ces scénaristes qu’il est bon d’avoir avec soi, tellement sa polyvalence est impressionnante.

HUGO Anne, la parisienne flamboyante, arrière petite fille du grand Hugo, et détentrice d’une technique ramenée d’une école US d’écriture de scénario. Elle était celle qui écrivait ce qui marquait le plus, ce qui marchait le plus et qui faisait du conflit sa base de toute dramaturgie. Et pour un sitcom, putain ça en jetait… Même si la suite nous rappela que le conflit ne fait pas toujours rire,  alors qu’une bonne situation à la con…

Et au final, après le massacre classique dû  au passage à l’écran de ses mots, ce sont ses scénarios qui sont les moins drôles.

Elle l’a senti peu de temps avant le tournage et nous en avons parlé.

Sa clairvoyance m’a impressionné.

Je pense aujourd’hui que ses scénarios étaient fait pour une réalisation qui ferait bien son travail et une production qui ne programmerait pas le tournage d’un épisode par jour…

 

Et moi qui peinais le plus. Que l’écriture n’est pas aisée quand on aborde un nouveau genre, le comique, sans en être préparé !!! Alors c’était ré-écriture sur ré-écriture. Même l’annulation d’épisodes qui ne fonctionnaient pas.

Mais travailler avec d’autres auteurs est un incroyable moteur.

Et petit à petit, j’apprenais, j’essayais et je me corrigeais.

Nous étions dans une grande pièce dans un des hippodromes de Marseille, au calme, 8 à 10 heures par jour. UN REGAL !!!

 

On acquit des réflexes, on trouve des trucs. On finit par arriver à créer quelque chose dont est fier et qui nous fait marrer. On s’amuse à pourrir les personnages que les autres adorent, et c’est un jeu génial durant toute la période d’écriture.

 

Et au final, pour les derniers épisodes à écrire, ce fut dans le bâtiment où le tournage se déroulait.

Là aussi bon moment parce qu’on avait les acteurs pour nous.

Aller trouver un acteur pour voir si ça taille  fonctionne avec l’idée de le mettre sous une table sans qu’il ne soit incapable de jouer… C’est bon !

 

Et puis la production devient plus physique et les choses se gâtent.

Parce qu’une actrice râle de na pas pouvoir être plus mise en valeur, différentes coiffure, tenues… Elle jouait un garçon manqué !!! (définition du personnage dans la bible, c’était pas une nouvelle !) La production lui accorde ce qu’elle demande, au mépris du scénario qui, 20 épisodes plus tard, va jouer sur le fait que quand elle s’habille en femme, plus personne ne la reconnaît.

Ce genre de chose, puissance 10.

bob3.jpg

Donc au final, l’impression amère que ce vaisseau, bien mené aurait pu avoir une autre allure.

Reste une série qui ne s’est pas trop mal vendue et qui a été un gros succès en Algérie.

 

C’est déjà ça…

 

Pour terminer sur une note personnelle, mon premier enfant, Elliot est né juste avant l’écriture de Bin o Bine. Combiner ces expériences dans un laps de temps très court…

Inoubliable.

 

 

 

Par unscenaristesurlecaillou.over-blog.com
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Dimanche 11 septembre 2011 7 11 /09 /Sep /2011 09:08

L’écriture demande du travail, de la réécriture, un peu de talent s’il y en a qui traîne. Mais un scénario ne se fait que dans le but d’être lu.

Adapté, ne rêvez pas trop, lu, c’est franchement pas mal…

Par des producteurs, par des acteurs si on est soi-même le producteur, par ses proches si on est son producteur, son réalisateur et son unique acteur…

 

astuceMais dans tous les cas, vos mots doivent véhiculer émotions, ambiances, et quand vous y arrivez couleurs et odeurs.

Et pour cela, il y a des astuces qui permettent de visualiser vos idées.

 

Beaucoup de scénaristes pensent qu’ils doivent fournir une histoire et que le réalisateur s’occupera de l’image et des détails.

C’est une manière de voir. Une autre est de finaliser un projet avec toutes les armes que le texte donne. Et elles sont légion.

Vous devez, parce que votre dramaturgie vous y oblige, introduire une action que vous ne pouvez imaginer qu’en gros plan ; Ecrivez un gros plan.

Mais pas :

 

INT JOUR SALON DE LUCIEN (GROS PLAN)

 

Ni comme ça :

 

En gros plan, la main de Paul prend la clef sans que l’on voie de qui il s’agit.

 

Mais plutôt comme ça.

 

Une main masculine s’avance jusqu’à la clef posée sur la table de cuisine et s’en empare.

 

On visualise ainsi un gros plan car on ne donne que les informations adéquates.

 

Après, et c’est bon pour tous les trucs écrits, le réalisateur, le producteur, même s’ils respectent votre scénario, ont une infinité de moyen de détourner vos écrits, et ils en ont le droit.

Là, à l’écran, ça peut devenir une ombre qui attrape quelque chose sur la table. On devine que c’est une clef.

Ou alors, un gros plan de la clef qui est attrapée…
Peu importe la finalité de l’action, le principal sera respecté, la clef sera prise et on ne saura pas par qui, à ce moment là.

 

Et  ça marche de la même manière pour écrire un plan très large :

 

Paul traverse le hall de la gare. Il est minuscule, comme perdu au milieu de la foule qui s’y presse.

 

Si le fait d’être insignifiant à ce moment là de l’histoire est important, l’idée devra être gardée.

Mais n’hésitez pas à expliquer toutes ces idées dans votre note d’intention, comme ça, en mâchant un peu le travail pour les lecteurs, il y a plus de chance qu’on les retrouve à l’image à la fin.

 

Le rythme est aussi quelque chose qui s’écrit.
Marc, un ami, me donna cette technique qui, s’y elle n’est pas toujours pratique quand on essaye de respecter les 50 secondes par page,  permet d’avoir une écriture plus visuelle.

Ca donne ça :

 

Paul saisit la clef.

En se retournant il se retrouve face à Henri, immobile prêt de la porte.

 

PAUL (sans bouger)

Henri le furtif…

 

Henri avance d’un pas, sans faire un bruit.

 

PAUL (reculant, un peu effrayé)

Restez où vous êtes, là.

 

Henri met sa main droite dans sa poche en arborant un grand sourire.

Paul en reculant se prend les pieds dans le tapis.

Il part en arrière.

Avant qu’il ne soit tombé, Henri le rattrape par le bras et le tire à lui.

Ils se font face, collés l’un à l’autre.

Paul retient son souffle.

Henri l’embrasse sur le bout du nez.

 

HENRI

Votre inconfort me sied, Paul.

 

D’un geste violent, Paul se dégage.

Il pointe un doigt menaçant vers Henri.

 

PAUL (d’une voix tremblotante)

Vous ne me faites pas peur !

 

Henri éclate de rire.

D’un mouvement rapide de la main il attrape la clef.

 

A chaque action une ligne. Tout simplement.

Ca ne facilite pas les scénarios paramétrés, mais c’est clair.

 

Il est possible que cette technique ne marche pas avec certaines personnes, mais, d‘expérience, c’est plus agréable à lire, (ne perdez jamais de vue qu’un scénario n’est ni facile, ni fun, à lire, si on excepte les scénaristes et certains producteurs) et plus visuel.

 

Et si ça vous oblige à faire des phrases courtes et efficaces, merci mon Dieu ! (qui est, dans mon cas, un chien en peluche rose, chacun le sien !)

Par unscenaristesurlecaillou.over-blog.com - Publié dans : Trucs
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